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Chronique Terre Solidaire

jeudi 2 mai 2013, par CCFD - Terre Solidaire 29

D29 : Réduire l’extrême pauvreté à Madagascar

D30 : Le MALI, entre crise alimentaire et crise politique

Billet hebdomadaire de Jean-Michel Lastennet consacré à la géopolitique du développement : solidarité avec les pays du Sud et de l’Est. Diffusé sur Radio Rivages, tous les jeudis à 18h25, rediffusion le vendredi suivant à 07h20. Durée 3 min

D29 : Réduire l’extrême pauvreté à Madagascar, avec l’O.N.G. H.A.R.D.I

Agir en faveur du développement durable dans un pays très pauvre, comme Madagascar, dirigé par un régime de transition non-élu, n’est-ce pas une gageure ? Herimena Ratsimbarison, agronome de 36 ans, répond en souriant : "C’est un vrai défi, mais il ne faut pas désespérer, l’horizon politique s’éclaircit. Lors des prochaines élections présidentielles fixées au 24 juillet 2013, ni l’actuel président de la Haute Autorité de Transition (H.A.T.), Andry Rajoelina, ni son prédécesseur et rival, Marc Ravalomanana, ne vont être candidats. Un renouvellement démocratique est donc possible ». Herimena est engagé depuis cinq ans au sein de l’O.N.G. H.A.R.D.I., sigle de « Harmonisation des Actions pour la Réalisation d’un Développement Intégré ». Il continue – et je cite intégralement ce partenaire malgache du CCFD-Terre Solidaire- :

« Nous contribuons au développement intégré et durable au travers de trois types d’actions ; D’abord un volet éducatif. Nous favorisons surtout la scolarisation des enfants pauvres des quartiers populaires d’Antananarivo, la capitale, ainsi que des communes rurales environnantes. Nous motivons notamment les parents pour qu’ils envoient leurs jeunes enfants à l’école. Pour ce faire, nous disposons du soutien du Programme Alimentaire Mondial (PAM), qui permet aux familles modestes de s’acquitter de frais de cantine très réduits. Nous multiplions aussi les activités périscolaires qui sont autant d’alternatives à la rue et à ses dangers."

Le second volet concerne la sécurisation foncière. A Madagascar, 1/15ème seulement des terres cultivables dispose d’un titre de propriété, ce qui favorise l’accaparement des terres par de grosses entreprises, souvent filiales de multinationales. C’est le cas de Tozzi Green qui produit des agrocarburants à partir de la culture de jatropha sur plus de10.000 hectares à Lhorombe, dans le sud de la Grande Île. Ces spoliations de terres sont légalement possibles car le système actuel de titre de propriété est dissuasif pour la plupart des paysans : il faut faire des kilomètres et satisfaire à de multiples demandes bureaucratiques, très longues sur des mois, et très coûteuses pour leur maigre budget. HARDI a lancé – en concertation avec d’autres acteurs de la société civile et le programme national foncier – un système de délivrance de certificats fonciers à la fois décentralisé et simplifié. Ainsi, sur une seule commune de 10.000 habitants, 250 familles déjà disposent de ces certificats et sont prémunies contre les risques d’expulsion.

Sur les terrains sécurisés, il est possible de promouvoir l’agriculture familiale. C’est notre troisième volet d’action. Nous n’oublions pas que la population malgache – 22 millions d’habitants – demeure rurale à plus des 2/3. Là, les efforts de HARDI prennent souvent la forme d’aide à la création de micro-entreprises de transformation des produits agricoles. Par exemple, dans la filière « pok-pok », un petit fruit tropical de couleur orangée et au goût acidulé, encore appelé « cerise de terre ». Grâce à un équipement rudimentaire, les agriculteurs peuvent le transformer en confiture. Ils s’approprient la valeur ajoutée et obtiennent des revenus rémunérateurs en court-circuitant les intermédiaires. Dans d’autres communautés rurales, nous avons procédé de la même manière avec la filière apicole et la production de miel. Mais malgré les formations délivrées aux agriculteurs, les résultats sont encore fragiles. Nous sommes convaincus que pour toutes les actions, il faut faire partir le développement des communautés de base, les Fokonolona. C’est sans doute plus long, mais à terme, les acquis s’inscrivent dans la durée. » Par l’intermédiaire du CCFD-Terre Solidaire, à nous de soutenir de tels partenaires qui prennent en main leur dignité et leur développement, dans la justice.

D30 : Le MALI, entre crise alimentaire et crise politique

Au centre de de l’actualité de ces derniers mois, le Mali vit une situation de crise aigüe. Conflits armés au nord du pays, déplacements importants de populations, crises alimentaires régulières… Depuis le 11 janvier 2013, les médias ne cessent de relayer les images de la guerre au Nord-Mali. Mais cette intervention militaire ne doit pas faire oublier l’autre « guerre » à laquelle se livrent depuis des années des milliers de paysans maliens : celle contre la sécheresse et la famine qui fait chaque année des dizaines de milliers de victimes dans la région du Sahel. Pour comprendre la crise alimentaire aujourd’hui au Mali, il faut s’imaginer un territoire grand comme deux fois la France, aux deux tiers désertique et ne comptant que 15 millions d’habitants. En huit ans, ce pays a connu quatre crises alimentaires majeures, dont une, en 2008, qui a entraîné les « émeutes de la faim ». La faute à des périodes de sécheresse longues et fréquentes, dues au changement climatique, sans oublier la spéculation mondiale provoquant la hausse des cours des céréales : les récoltes sont mauvaises, le bétail meurt, les prix des aliments augmentent et les populations ont faim.

Dernier exemple en date, les faibles précipitations de 2011 qui se sont soldées par des récoltes très médiocres. Ainsi, en 2012, dans certaines régions du Mali le prix des denrées alimentaires a augmenté de 60 à 80% ! Néanmoins, les pluies de ces derniers mois vont un peu aider à reconstituer les stocks de semences et permettre de mettre ponctuellement un frein à la malnutrition, un problème qui touche encore aujourd’hui un enfant de moins de cinq ans sur trois dans la région du Sahel. A cela, il faut rajouter l’instabilité politique dans le nord du pays. Cette situation remonte, notamment à la chute du régime libyen de Kadhafi et au retour au Mali de nombreux Touaregs revendiquant l’indépendance d’une partie du pays. D’autres acteurs, tels les mouvements radicaux islamistes, ont contribué à la déstabilisation politique de la région et créé un climat de terreur au sein de la population. Résultat, selon l’ONU, au 1er février 2013, 380.000 personnes ont fui : 230.000 se sont déplacées vers le sud du Mali, et 150.000 dans les pays voisins (Mauritanie, Burkina Faso, Niger), s’installant dans des camps de réfugiés.

Face à cette situation, le C.C.F.D.-Terre Solidaire concentre ses actions notamment auprès de partenaires travaillant sur la souveraineté alimentaire des populations locales et les modèles de développement agricole. C’est d’abord l’Association des Organisations Professionnelles Paysannes, regroupant 280 organisations, soit 15.000 familles environ, qui a mis en place un programme de soutien alimentaire pour les 500 ménages les plus pauvres et pour 500 enfants touchés par la malnutrition. Cela a aussi permis d’améliorer l’accès à des semences de qualité et de réapprovisionner les banques de céréales des communes les plus touchées par la sécheresse pour mieux préparer la prochaine campagne agricole. Et puis c’est aussi l’association du réseau Afrique Verte Mali AMASSA (Association Malienne pour la Sécurité et la Souveraineté Alimentaire), qui apporte un appui à plus de 700 groupements d’opérateurs actifs dans la filière céréalière : organisations paysannes céréalières, unités de transformation, coopératives de consommation, associations de femmes et de commerçants céréaliers. Ce travail de fond que mène le C.C.F.D.-Terre Solidaire avec ses partenaires est stratégique pour assurer la sécurité alimentaire de centaines de milliers de Maliens. Mais aussi pour préparer, dès aujourd’hui, la reconstruction de ce pays. A nous d’être attentifs à cette mobilisation des acteurs de développement, et surtout à les soutenir par tous nos moyens, y compris financiers !

J-M. Lastennet (d’après La lettre du CCFD-Terre Solidaire N° 53)