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Au Brésil, une réinsertion qui passe aussi par la revalorisation des déchets

lundi 23 mars 2015, par CCFD - Terre Solidaire 29

Il y a sept ans, l’horizon de Lourdes et de Soccoro se limitait à la décharge publique de Campina Grande, au cœur de l’Etat du Paraiba, au Nord-Est du Brésil. Plastique, aluminium, métaux, … plus de 14 heures par jour, ces deux amies, la quarantaine, cherchaient dans des montagnes d’ordures ce qui pouvait être recyclable. Gagnant à peine de quoi se nourrir, elles « vivaient », ou survivaient, dans une baraque composée de planches de bois et de tôles ondulées, à la lisière de la décharge. « La vie était très dure, se souvient Lourdes. On était pauvres et, surtout, pour la plupart des gens, on n’existait pas. On était comme des ombres ». En 2008, tout change. Avec l’appui, notamment du Centre d’Action Culturelle (le Centrac), partenaire du C.C.F.D.-Terre Solidaire, une vingtaine de « récupérateurs de matériels recyclables » créent la Coopérative « Catamais » (« récupère plus »), dont l’objectif, selon leur propre définition est de « Sensibiliser les habitants de Campina Grande sur l’importance du tri sélectif des déchets et développer la commercialisation de ces matières recyclées pour offrir aux sociétaires de la coopérative et à leurs familles une meilleure qualité de vie » .

La coordinatrice de cette association du CENTRAC, Ana Patricia Sampaio, en rappelle les fondements : « Dès le début …, il s’agissait de favoriser la participation des organisations de la société civile et de citoyens impliqués dans la consolidation de la démocratie et de la justice sociale, pour contribuer à la formulation de politiques publiques qui bénéficient à la société …, [en se concentrant] sur des segments de la population qui sont exclus des processus de participation et d’inclusion sociale »

Et la coordinatrice ajoute : « En 2014, nous avons mis en place trois grand projets en partenariat avec le Gouvernement Fédéral. Outre la constitution d’associations de récupérateurs de déchets recyclables, nous avons développé une démarche de valorisation du travail domestique en collaboration avec le Secrétariat Spécial des Politiques pour les Femmes. Enfin, nous travaillons également au programme de mise en place de citernes destinées à récupérer les eaux de pluie, tant pour les besoins domestiques que pour le développement de l’agriculture familiale, dans la région semi aride de l’Etat de la Paraiba. »

Ainsi, l’expérience menée avec Lourdes, Socorro et les autre femmes de la coopérative « Catamais », fait figure de symbole. Et la responsable d’ajouter : « C’est une grande satisfaction, car nous sommes parvenus à donner une visibilité à une catégorie de la population particulièrement marginalisée, et qui plus est, des femmes. C’est gratifiant de savoir que l’on travaille avec succès sur la citoyenneté de ces personnes. Car dans un pays comme le Brésil, où l’on parle beaucoup de « reconquérir » sa citoyenneté, il s’agit dans ce cas-là de permettre à des personnes d’en avoir enfin une ! ». Des femmes qui, avec l’aide du Centre d’Action Culturel, le Centrac, peuvent enfin accéder, pour elles-mêmes et leurs enfants, à des programmes sociaux et devenir ainsi des citoyennes à part entière. Voire même, des exemples à suivre en termes de respect de l’environnement.

Ce sont toutes ces associations partenaires du C.C.F.D.-Terre Solidaire, qui contribuent à analyser les situations dans leur propre pays, qui prennent l’initiative de mettre sur pied des projets de développement, et qui mettent ou remettent debout les membres de leur communauté, voire de toute une région. Cette semaine, et la semaine suivante, des représentants de ces associations, venant des différents bouts du monde, seront présents dans notre département. Pour l’Ouest, ils viennent de Bosnie, du Brésil, de Palestine, et pour nous, ici, des Philippines. Aller à leur rencontre dans les réunions prévues avec eux, c’est une manière de changer et faire grandir notre regard, et surtout, de les soutenir dans leur expertise, leur détermination, leur courage ! Ils deviendront alors bien davantage encore nos partenaires.

Jean-Michel Lastennet - RCF Rivages - Chroniques Terre Solidaire lundi 09 mars 2015 7h20